L'IA générative n'est pas la première technologie à susciter des craintes massives sur l'emploi. Deux précédents — l'informatisation de bureau et la robotique industrielle — permettent de relativiser certains discours, et d'en confirmer d'autres.
L'arrivée du micro-ordinateur de bureau a fait disparaître certains métiers presque intégralement (dactylographie, standard téléphonique manuel) tout en en créant de nouveaux qui n'existaient pas auparavant (informatique de gestion, support technique). Le solde net sur l'emploi total s'est révélé bien moins dramatique que les craintes de l'époque, mais la transition a été douloureuse pour les actifs directement concernés, souvent insuffisamment accompagnés.
Contrairement à une idée reçue, la robotique industrielle n'a pas automatisé l'industrie de façon uniforme : elle s'est concentrée sur les tâches répétitives en environnement standardisé (comme nous le documentons dans notre article sur le BTP et l'industrie), laissant largement intactes les tâches de maintenance, de réglage et de supervision qui exigent un jugement humain face à l'imprévu.
La différence majeure avec les vagues précédentes est la vitesse de diffusion et le périmètre de tâches concernées : l'informatisation et la robotique touchaient principalement des tâches physiques ou très structurées, quand l'IA générative s'attaque directement à des tâches cognitives et créatives auparavant considérées comme le monopole de l'expertise humaine (rédaction, analyse, code). C'est un changement de nature, pas seulement d'ampleur.
Le principal enseignement transférable des vagues précédentes reste valable : les transitions les mieux gérées, historiquement, sont celles où l'accompagnement à la reconversion précède ou accompagne l'automatisation plutôt que de la suivre après coup. C'est précisément l'écart que documentent plusieurs analyses sur la vague actuelle de l'IA générative, souvent déployée plus vite que les dispositifs d'accompagnement.